LE SPECTACLE

En 2005, la Riviera Vaudoise fête ses 35 ans d'existence. Ses dirigeants ont donc eu à cœur de marquer l'évènement. Après avoir vu et revu le superbe film anglais "les Virtuoses" (Brassed Off) de Mark Herman, qui met en scène un ensemble de cuivres composé de mineurs face à la fermeture de leur mine de charbon, ils ont proposé aux musiciens de se lancer dans une magnifique aventure : reprendre en direct, pendant la projection du film, les parties instrumentales jouées par le brass-band anglais. Cette proposition a soulevé un enthousiasme unanime auprès des membres du groupe.

Le projet a démarré en début d'année 2004 par la recherche de salles de spectacle, de partenaires techniques et financiers, et bien évidemment, par la mise au point du programme musical, ponctué par l'enregistrement du CD. La tournée se déroule en 2005 et en 2006, avec une trentaine de représentations (plus de 15'000 spectateurs), données dans les salles les plus prestigieuses de Suisse romande, ainsi que dans des festivals cinématographiques.

Le spectacle proposé se déroule donc à la fois sur l'écran, où le film est projeté dans sa version française, et sur la scène, où non seulement la Riviera Vaudoise joue les morceaux en synchronisation parfaite avec l'image, mais où elle offre également aux spectateurs des éléments de mise en scène, mettant en synergie les musiciens et l'œuvre cinématographique.

Au-delà du côté "événement musico-filmique", le projet s'est avéré porteur d'un très grand potentiel humain et émotionnel. D'abord par le sujet du film qui met en relation la survie d'une activité artistique confrontée aux très dures réalités de la vie professionnelle et sociale, mais aussi par le défi relevé par la Riviera Vaudoise, qui a tenu à présenter au public un spectacle de haut niveau.

LE FILM

Dans un petit chef-d'oeuvre du cinéma anglais, le cinéaste Mark Herman choisit d'observer une petite ville dans le Yorkshire, Grimley, où le tissu social est en train de se déchirer, sous l'effet d'une politique économique qui tient pour négligeables les facteurs humains. La mine qui fait vivre toute la région est sur le point de fermer.

Mark Herman nous livre une chronique sur fond de chômage, en centrant sa caméra sur la fanfare locale, sorte de micro-communauté. Il s'approche du cœur de ces vies ordinaires avec un savant dosage d'humour et de drame.

Inquiets pour leur avenir, les musiciens de l'endroit semblent peu motivés à poursuivre les activités de leur groupe musical. Ils se retrouvent pourtant autour de Danny (Pete Postlethwite), ancien mineur aux poumons rongés par la silicose, se consacrant entièrement à la direction de la fanfare locale, persuadé qu'elle symbolise l'esprit de la communauté des gueules noires qui utilisent la musique comme seule échappatoire. Convaincus, les musiciens (tous des hommes) retrouvent l'esprit de corps, mais l'arrivée de la ravissante Gloria (Tara Fitzgerald), qui joue divinement bien du bugle, va sensiblement compliquer la situation.

Les virtuoses broient du noir mais savent aussi flamber avec un comique railleur. Ils sont d'humeur aussi changeante que la météo anglaise, faisant face aux vicissitudes, sans céder au cynisme et en refusant de se résigner à la malchance.

Dialogues pimentés, authenticité, sensibilité à fleur de peau, larmes, touches habiles de mise en scène, images magnifiques et musique flamboyante, font de ce portrait réaliste et saisissant d'une communauté de mineurs, une réussite et un vrai régal.

Raymonde Locher, CinéMascotte – Oron